J'aime pas les supporters. J'aime pas ces foules plus ou moins nombreuses, qui crient, chantent et s'enflamment à la moindre occasion, au moindre geste original, à la moindre
faute. J'aime pas ces hommes gras, bavards et bruyants, fiers de leur équipe comme de leur ventre. J'aime pas ces beaufs qui croient tout savoir, qui croient tout connaître de leur sport, et
mieux connaître leur équipe que quiconque. Je n'aime pas non plus ces solitaires bougons qui deviennent sociables le temps d'un match, avec leurs voisins. J'aime encore moins ces jeunes qui
se disent ultra pour se démarquer des générations précédentes, et qui se prennent au sérieux au point de se cacher derrière des écharpes lorsqu'ils chantent en coeur. D'ailleurs je ne
vois aucun intérêt à chanter, à s'égosiller pour du sport, à se déchirer la voix pour encourager des gars qui courent après un ballon. Sauf que sans eux, un stade paraît mort :
paradoxal?
J'aime pas les supporters. J'aime pas ces personnes qui achètent un abonnement et qui se plaignent constamment. J'aime pas ces hommes qui ont besoin de leur défouloir bi-hebdomadaire pour évacuer
la frustration de leur petite vie quotidienne ennuyante. J'aime pas ces types qui connaissent tout le monde, qui sont ici pour être quelqu'un. Qui ont besoin du stade pour obtenir une
reconnaissance sociale.
Ils sont gros ou maigres, sportifs ou indolents, jeunes ou vieux. Ils quittent leurs femmes une fois par semaine pour retrouver les "copains" du stade. Ils ont besoin de leur taux de testostérone
hebdomadaire pour se sentir des hommes, virils.
Ils appellent les joueurs par leurs prénoms, ils ont l'impression que ceux-ci les aime. Ils croient que sans eux l'équipe ne peut rien faire, illusion sans cesse renouvellée par la langue de bois
qui ronge le sport moderne. Ils croient tous savoir des joueurs, tous savoir du club, mieux le connaître que le président ou l'entraîneur. Ils ne comprennent jamais ce dernier, passent leur temps
à le critiquer. Et, lorsque par miracle tout va bien, alors on l'encense. Mais cela ne dure jamais vraiment longtemps. La moindre anecdote, la moindre parole, le moindre dérapage est monté en
boucle, commenté des heures durant, débattu sur les sites et les forums, montés en épingle comme un pain quotidien sans lequel ils ne pourraient être rassasiés.
Ils sont bêtes et méchants, intelligents et passionnés, doux, encenseurs et fayos, orgueilleux et cassants, irréfléchis, ironiques et incompétents. Mais, d'une manière générale, les tribunes sont
surtout pleines de cons.